Mathias D.
Un site de DJ, d'ordinaire, c'est une page de liens : trois logos de plateformes, une photo de festival, une adresse de booking.
Mathias D. tourne depuis plus de dix ans sur la scène toulonnaise. Six millions d'écoutes, des tracks jouaient de l'Ushuaïa à Tomorrowland, une résidence au festival Ya Degun, des signatures chez Subliminal et Sosumi. Ce qu'il fait vivre à une salle, aucune liste de liens ne le raconte.
Le site devait donc en faire l'expérience plutôt que la décrire. Il s'ouvre comme un set : le noir, le nom qui s'écrit à la plume, le mur qui explose sur le drop, et on est dedans. Ensuite, on ne fait pas défiler des sections — on traverse des salles, dans la fumée.
LE NOM S'ÉCRIT PENDANT QUE LE SITE CHARGE
Pas de roue qui tourne : la plume trace « Mathias », et c'est le chargement lui-même qui pousse le geste — vidéo d'intro, vidéos de fumée, reste du site. Quand le mot est posé, tout est prêt, et plus rien ne bouge. L'intro attend le clic : c'est le visiteur qui décide d'entrer, pas un minuteur.
Au clic, le son démarre et des coups de pinceau effacent le mot en ouvrant une fenêtre sur la vidéo. Six secondes plus tard la basse tombe, et le mur part en morceaux qui passent autour de nous. De l'autre côté, le hero reprend la signature exactement là où l'intro l'a laissée et ajoute le « D. » — un seul geste, coupé en deux par la traversée.
ON NE FAIT PAS DÉFILER LA PAGE, ON TRAVERSE LA FUMÉE
Les sections ne glissent pas les unes sous les autres : ce sont des calques, et c'est la fumée qui fait la liaison. La molette n'avance pas le document, elle avance une vidéo image par image — la fumée envahit l'écran, et la section suivante est déjà derrière quand elle se dissipe.
Le prix est technique : avancer une vidéo à la main, c'est la redécoder à chaque cran. Les fichiers sont donc encodés en images-clés pures, et le téléphone reçoit son propre encodage, quatre fois moins coûteux à décoder.
IL AJOUTE UNE DATE, ELLE EST EN LIGNE
Un agenda de tournée qui n'est pas à jour vaut moins qu'une page blanche. Mathias gère donc le sien : dates, salles, villes, lien billetterie, ordre d'affichage. Même chose pour les sorties et leur pochette, la galerie photos et clips, et tous les textes — en français et en anglais, côte à côte dans le même écran.
L'éditeur ne laisse passer que le gras, l'italique et les liens : rien ne peut casser la mise en page, même en collant depuis Word. Et les images sont recompressées dans le navigateur avant l'envoi — il dépose une photo sortie de son téléphone, le site en reçoit une version allégée.

TOUT ÇA, SUR UNE 4G DE FESTIVAL.
Un site d'artiste se regarde en marchant, à la sortie d'un set, sur un téléphone qui capte mal. La première mesure était sans appel : 16,4 Mo à télécharger pour simplement arriver sur la page.
AU POUCE, PAS AU DÉFILEMENT
Sur téléphone, le défilement libre a été supprimé : un geste vertical déclenche le passage à la section suivante, rideau de fumée compris, et plus rien ne peut arriver de travers au milieu d'une transition.
Côté poids, tout y est passé : l'intro ré-encodée pour le mobile, les images servies à la taille réellement affichée, les médias marqués comme définitivement cachables. Mesuré au même endroit, sur le même téléphone : 16,4 → 5,9 Mo, page affichée en moins d'une seconde.




Un site qui se regarde comme un set — et un artiste qui n'a besoin de personne pour le tenir à jour.



